Poésie Verticale

... où la musique et la danse s'approprient les mots de Roberto Juarroz et ytissent un univers où le corps se joue de sa verticalité.

 

L'idée de cette création , c'est d'abord une rencontre avec la poésie de Roberto Juarroz, poète argentin du début du 20eme siècle. Toute l'œuvre du poète porte le même titre : poésie verticale. Titre unique suggérant abruptement la verticalité de la transcendance "bien entendu indodifiable", précise t-il dans un entretien. Aussi est -il un des rares poètes contemporain à défendre haut et fort une méta-poésie par où passe l'infini "bien entendu sans théologie". Pour Roberto Juarroz, il n'y a pas de haute poésie sans méditation transcendantale du langage. La poésie, dira- t-il, est la vie non fossilisée ou dé-fossilisée du langage.

 

Cette verticalité évoquée a engendré chez la chorégraphe Isabelle Mazuel une envie de provoquer le corps et de s'approprier ces sensations et perceptions afin de nourrir et créer une danse organique entre ciel et terre, reliée au ciel et à la terre. La pensée du poète est un regard plongeant, un regard qui réunit, qui est en mouvement et qui a provoqué chez la musicienne Irmine Muller-Chaumont l'envie d'utiliser cet instrumentarium Baschet si particulier, qui offre à la fois une approche tactile, auditive, visuelle et une grande diversité de timbres où "seule la musique peut occuper le lieu de la pensée".

Après un travail d'exploration des mots, une bande son a pu voir le jour avec le musicien Gwenael Coffy. Une première étape de travail a pu mettre à jour une création de 20 minutes en un solo dansé. Puis dans un second temps le corps s'est plongé dans un décor sonore posé par les instruments Baschet dans un duo danseuse musicienne avec Irmine Muller-Chaumont. Le rapport poésie/danse évolue dans une forêt de sons qui est générée par différents modes de jeu : percussion, frottements, glissements où les sons plus que les notes et la mélodie sont le fondement de la musique. Puis dans un troisième temps l'œil de la vidéo est venu chercher l'introspection du corps dans un rapport plus intime. Ces courtes séquences filmées ont été ensuite installées sur des supports et dans un cadre où l'image prend corps. L'œil de Sophie Kahn a su capter et transmettre l'univers particulier des mots.

 

Nous avons initié ce travail et cela n'est pour nous qu'une étape de création. Aussi celle ci sera poursuivie dans un moment de résidence où chacun se donnera la possibilité de rentrer sur un temps donné dans un vrai travail en collaboration de recherche et d'échange dans lequel chacun creuse et scrute sa matière et ses possibilités.

Poésies Verticales pendant le festival Remp'Art, août 2012

photos © Leslie Petit